Murti

 

Premières recherches

 

Après des études à l’ École nationale d’Art, d’Environnement et de Communication de Cergy-Pontoise j’ai commencé une série d’assemblages hétéroclites, à partir d'éléments de récupération récoltés dans les rues et les décharges de la périphérie de Paris.

Dérive urbaine qui nous emmena avec quelques amis à la recherche de trésors transmutables. De retour dans nos lieux de création nous opérâmes des changements dans la matière puis nous allâmes secrètement les dissimuler aux quatre coins de la métropole.

 

Après un premier voyage autour du monde, mon travail évolua vers une recherche sur la pluralité culturelle des systèmes de connaissance.

Le corps étant le territoire d'exploration de cette diversité. Ce travail donna lieu à trois danses: L’épi dorsal, Teleutai et Germinations, inspirées par la préhistoire des mythes céréaliers.

 

Je présentais le résultat de ces recherches au cours de plusieurs expositions et spectacles (la grotte de la comète, rameaux d'ombres, les anges du peuple, le retable des orangers, aliments-éléments).

 

Au cours d'un voyage en Inde, ou je me rendis pour participer à la Maha Khumba Mela, prestigieux pèlerinage qui a lieu tous les douze ans au bord du Gange, je rencontrais une famille d'artistes bengalies maître dans l'art des murtis. Cette famille m'enseigna des techniques de travail de la paille de riz et de l'argile qu'ils extrayaient du fleuve. Ils utilisent ces matériaux pour confectionner des représentations divines du panthéon hindou. Après les avoir peintes et habillées de tissus somptueux, ces sculptures sont présentées aux pèlerins qui affluent pour accomplir leurs dévotions.

A la fin du pèlerinage une grande procession est organisée jusqu'au fleuve. Les sculptures sont montées sur des barques, et après les derniers rituels, elles sont englouties dans le Gange. La roue des transformations tourne dans un mouvement pérenne. Dans les reflets colorés du fleuve transparaissent les mondes de la vacuité et de l'impermanence des formes.

 

De retour de cette expérience fondatrice j'entrepris d'adapter ces pratiques a une démarche contemporaine.

Je réalisais une série d’installations et de costumes à partir de paille recouverte d'argile, de goudron, de papier mâché, de plâtre...

En 1989, je conçus une installation intitulée:" Les anges du peuple ". Cette pièce est composée de deux ensembles face à face:

les chefs du nord et les caciques du sud.

L'assemblée est assise en position de dialogue.

Les chefs du nord sont faits de matière composite (papier, plâtre, verre, plastique, etc.) et les caciques du sud en matière végétale (paille de blé, maïs, cacao, sucre, tabac, etc.).

Au-dessus des deux groupes flottent des anges de paille et de plumes qui reflètent leurs ombres mouvantes sur les murs constellés.

 

Ce sont les éléments intermédiaires entre la terre et le ciel qui reçoivent et transmettent les messages cryptés.